Les 14 réfractaires de la classe 1922
Jean Allheily, André Blum, Paul Broglie, Lucien Burger, Joseph Didierjean, René Koch, Eugène Loll, Henri Miss, Paul Muller, André Peter, Charles Rudloff, Georges Schmitt, Paul Sigel, Pierre Sigel
Le 6 août 1941, quatorze jeunes hommes de Marckolsheim, tous nés en 1922, posent un acte de courage exceptionnel en refusant de se présenter au conseil de révision préalable à l’enrôlement dans le Reichsarbeitsdienst (RAD), le service de travail obligatoire imposé par l’Allemagne nazie en Alsace-Moselle annexée.

Réfractaire : Les 14 de la classe 1922 ayant quitté Marckolsheim vers la forêt du Rhin.
Prévenus qu’ils seraient convoqués ce jour-là à 7h30, ces jeunes se réunissent en secret à plusieurs reprises à l’Hôtel Miss, au coin de la place de la République. Ensemble, ils prennent une décision claire et unanime : ils ne se rendront pas à l’appel. Cette prise de position, à la fois audacieuse et dangereuse, ne tarde pas à parvenir aux oreilles de Franz Josef Enderle, chef local du parti nazi (Ortsgruppenleiter). Malgré deux heures de menaces et de tentatives de persuasion — allant jusqu’à leur promettre un fût de bière pour célébrer leur conscription —, les jeunes restent fermes.

Restaurant Miss (place de la république) : lieu de réunion secrète des 14 de la classe1922 suite à leurs refus de convocation.
Le 5 août au soir, afin de ne pas éveiller les soupçons, ils paradent dans les rues en chantant, en français comme en allemand. Mais leur plan est déjà en marche : au petit matin du 6 août, entre 4h et 5h, ils quittent discrètement leur domicile pour se retrouver à la lisière de la forêt. Ils rejoignent la vieille digue près de la casemate 16/2. Là, ils installent un camp de fortune, allument un feu, chantent, rient, et partagent un moment fraternel. Le jeune Eugène Loll immortalise cette parenthèse en prenant quelques photos.
En début d’après-midi, par crainte des représailles sur leurs familles, ils décident de rentrer à Marckolsheim. Sur le chemin, ils s’arrêtent à la ferme de René et Suzanne Siegel au hameau du Limbourg. Mme Siegel leur offre à manger, les 14 n'ayant pas pensé à se ravitailler, et Eugène Loll lui confie son appareil photo, permettant ainsi de sauvegarder les précieux clichés.

Feu de camps : Treize des 14 garçons sur une photo autour d’un feu de camp allumé de manière improvisé. André Peter est le 14eme s’occupant de la prise en photographie.

Feu de camps : les réfractaires se divertissent en jouant des scènes militaires : l’un présente les armes à l’aide d’un bâton ; les autres posent autour d’une mitrailleuse.
Les jeunes de la classe 22 reprennent leur chemin en direction de Marckolsheim en chantant « La Marseillaise » interdite par les allemands et sont finalement arrêtés par la gendarmerie. Les garçons subissent des interrogatoires brutaux devant leurs familles. Emprisonnés à la Gestapo de Sélestat, 13 d’entre eux sont dirigés au camp de redressement de Schirmeck où ils sont frappés, humiliés, et traités dans des conditions misérables. Ils y resteront 2 à 3 mois pour rentrer sur Marckolsheim, mais leur arrêt fût de courte durée.

Camp de Schirmeck : Endroit où 13 des 14 réfractaires ont été internés (8 aout 1941)

Paul Sigel, l’un des 14 réfractaires photographie les corvées (ici passage du rouleau compresseur) au camp de Schirmeck
En 1942, l'armée allemande a besoin de soldats pour le front russe, obligeant les Alsaciens à porter l'uniforme allemand en tant que "Malgré-nous". Ils passent devant le conseil de révision de la Wehrmacht le 21 septembre 1942, puis partent au front en octobre.
La plupart de la classe 1922 sera faite prisonnière par les Russes. Quatre d'entre eux meurent pendant la guerre, Jean Allheily, Lucien Burger, René Koch et Eugène Loll, tandis que Paul Broglie et Charles Rudloff réussissent à échapper à la capture lors d’une permission de retour à Marckolsheim.
Marckolsheim est finalement libérée en 1945, les prisonniers en Russie ne rentreront à Marckolsheim que plusieurs mois plus tard. En 1949, la ville reçoit la Croix de guerre, tandis que les membres de la classe 1922 reçoivent des médailles pour leur résistance et leurs souffrances
En 2022, Marckolsheim honore les 14 réfractaires de la classe 1922 avec le livre “Ils ont osé dire non” et une plaque commémorative et poursuit son devoir de mémoire auprès des plus jeunes grâce à leurs enseignants.
En 2023, la place de La Bouilloire est renommée « Place des Quatorze ».
Dates importantes :
