Malgré-nous, de la germanisation à l’incorporation  

 

Malgré la convention d’armistice signée le 22 juin 1940 à Rethondes, l’Alsace et la Moselle sont annexées de fait en octobre 1940 et subissent une germanisation accélérée. Le responsable administratif de l’Alsace, Robert Wagner, promet de faire des Alsaciens de “vrais Allemands” en cinq ans : c’est la Gleichschaltung (mise au pas). 

L’embrigadement de la jeunesse alsacienne

La germanisation forcée de l’Alsace se traduit d’emblée par des changements de noms des rues, villages, établissements, prénoms et noms français, etc. Il est interdit de parler français et le dialecte alsacien. 

La cible principale du régime allemand est la jeunesse. La Hitlerjugend (Jeunesse hitlérienne), mouvement du parti national-socialiste destiné aux jeunes hommes de 10 à 18 ans, est introduite le 8 septembre 1940. Le Bund Deutscher Mädel (Ligue des jeunes filles allemandes), pour les filles du même âge, est instauré le même jour. L’adhésion à ces organisations devient obligatoire le 2 janvier 1942.

L’étape suivante de l’embrigadement de la jeunesse alsacienne va être le Reichsarbeitsdienst (RAD, service du travail du Reich). D’abord volontaire, il devient obligatoire dès 1941 du fait de l’absence évidente d’enthousiasme de la jeunesse. Le RAD impose aux jeunes hommes et femmes âgés de 17 à 25 ans des travaux agricoles, forestiers ou de construction, prélude à la militarisation. Pour les garçons, la durée est réduite afin de les envoyer rapidement sur le front ; pour les filles, elle est prolongée avec le Kriegshilfsdienst (service auxiliaire de guerre : usines d’armements, transports, hôpitaux, etc.), puis la défense anti-aérienne. 

A Marckolsheim, 14 jeunes hommes de la classe de 1922 refusent leur enrôlement dans le RAD en 1941. L’acte de résistance des 14 réfractaires sera sévèrement puni par l’occupant. 

L’incorporation de force dans l’armée allemande

Afin d’inciter les jeunes à s’engager dans l’armée du Reich, le régime a recours à une campagne de propagande qui s’avère être un échec. Finalement, devant le besoin croissant en hommes sur le front de l’Est, Adolf Hitler donne l’ordre d'enrôler les hommes des territoires annexés. Le 25 août 1942, Robert Wagner signe une ordonnance permettant l’incorporation forcée des Alsaciens dans l’armée allemande, en violation du droit international. 

Camp de Malgré-elles ou Arbeitsdienstlager

Camp de Malgré-elles ou Arbeitsdienstlager.

Environ 130 000 Alsaciens et Mosellans sont mobilisés, souvent envoyés sur le front de l’Est. Certains rejoignent la Waffen-SS malgré eux, dont 13 intégrés à la division Das Reich, impliquée dans le massacre d’Oradour-sur-Glane. Près de 40 000 y laissent la vie ; 20 000 prisonniers reviennent progressivement d’URSS entre 1945 et 1947, tandis que 10 000 à 12 000 restent portés disparus.

MALGRE NOUS à droite

MALGRE NOUS à droite

À leur retour, ces « Malgré-Nous » sont parfois assimilés à des collaborateurs avant d’être réhabilités, notamment avec la réconciliation franco-allemande initiée par le Président Charles De Gaulle et le Chancelier Konrad Adenauer en 1963. Leur histoire reste longtemps méconnue, malgré des hommages plus affirmés depuis les années 2010.

Sources : 

  • Commune de Marckolsheim (2006). Marckolsheim, un siècle d’histoire. Collection Mémoire de vies.

  • Knittel Michel (1994). Marckolsheim fragments d’histoire. Société d’histoire de la Hardt et du Ried.

  • M. Knittel (2022). Marckolsheim 1941, ils ont osé dire non. Commune de Marckolsheim.